Les vitraux monumentaux de Kehinde Wiley

A l’occasion de la XX édition du Festival Afropolitan et pour une durée d’un mois, les vitraux monumentaux de l’artiste afro-états-unien, Kehinde Wiley ont été installés dans une salle attenante au grand hall Horta au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

En entrant dans la salle de l’exposition de cet artiste dont j’avais pour la première fois admiré le travail il y une dizaine d’années au Brooklyn Museum à New York, tous les a priori négatifs que j’avais eu en pénétrant dans le Hall Horta liés à mes craintes d’encore voir les artistes d’ascendance africaine relégués « dans les caves » de l’espace public se sont envolés.

Ces vitraux aux titres évocateurs sont tout simplement du pain béni pour nos âmes.

Regardez ces images et imaginez-vous que toutes les églises et ce partout dans le monde et depuis leur création soient peuplées d’images semblables. A présent, mettez-vous dans la peau d’un homme ou d’une femme blanche, qui aurait vécu toute sa vie dans un pays où ce qui est considéré comme la norme se trouve dans ces images. Imaginez-vous que depuis toujours on vous présente comme évidente l’infériorité de la « race » blanche par rapport à la noire. C’est bien de cette invitation au voyage qu’il s’agit dans l’œuvre de cet artiste californien présenté à Bozar en ce moment.

Dans cette série datant de , l’artiste continue à s’intéresser à l’art chrétien et à bouleverser les codes esthétiques propres à l’Histoire de l’Art occidental. En effet, pour réaliser ces portraits monumentaux, il choisit ses modèles en les abordant dans la rue. Pour lui, il est crucial de travailler avec des anonymes, des personnes qui vont en quelque sorte jouer le rôle de Cendrillon au bal mais pour un seul jour, car le lendemain, elles retourneront à leur travail voire à leur recherche d’emploi. Il choisit spécifiquement auxquelles on ne prête habituellement aucune attention parce qu’occupant une position sociale peu élevée.

Dans ses peintures, les personnages apparaissent sur un fond coloré et plein de motifs floraux, rappelant les styles de la fin du 19e siècle, parfois inspirés par la végétation en provenance des nouvelles terres « découvertes » par les grands explorateurs européens. Dans ces décors à la fois bucoliques et saturés, ce qui intéresse l’artiste c’est de faire apparaître des personnes qu’on ne s’attend pas à voir dans ce type de décor : des hommes et des femmes en tenue streetwear très actuelles qui adoptent des poses de personnages de célèbres tableaux appartenant à l’Histoire de l’Art, comme Olympia d’Ingres par exemple. Ce procédé est tout à fait comparable à ce que fait l’artiste Yinka Shonibare Mbe dans ses sculptures de grandeur nature, comme celles qui avaient été exposées à Paris au Jardin des Tuileries ( ?).

L’artiste agit ici comme un chaman, un guérisseur et ce à double titre. Il permet à des personnes qui n’auraient autrement jamais pu accéder à un tel niveau de visibilité d’être vues. Et d’être vues de manière positive dans de véritables tenues de princesses pour la série ( ?). De plus, il permet à un public averti, riche et majoritairement blanc d’être le spectateur de tableaux dans lesquels les codes habituels sont inversés. Il permet ainsi à différents types de publics de se rencontrer à travers son œuvre. Il s’agit là d’une rencontre entre des mondes, d’un dialogue et d’un message réparateur salvateur. A chaque fois que je posais mes yeux sur une des œuvres dans cette salle, je sentais une chaleur apaisante envahir mon cœur.

Publié par Wetsi

Née à Bruxelles fin des années 1970 de parents congolais. J'obtiens un Master en Histoire de l'art africain classique et contemporain à l'université libre de Bruxelles en 2007, après des candidatures en droit et une première expérience professionnelle. J'ai ensuite travaillé en galerie d'art spécialisée dans les artistes de la diaspora africaine et la Harlem Renaissance à New York. Entrepreneuse culturelle depuis mon retour en Belgique en 2009, j'effectue des recherches sur les stratégies de résistance à déployer pour décoloniser la société et monte des projets qui correspondent aux valeurs de justice sociale et environnementale.