Accepter la charité de la part d’un Noir

Vous êtes-vous déjà demandé si votre couleur de peau serait un problème pour faire don de meubles ou de vêtements à un organisme de charité?

Je n’ose plus aller aux Petits Riens. Un jour, il y a longtemps, très longtemps. A une époque où j’étais suffisamment naïve pour penser que j’avais les mêmes privilèges que les autres citoyens belges, je suis allée déposer une petite armoire dans cet organisme caritatif.

Il s’agissait d’une armoire en bois massif que nous avions depuis toujours dans ma famille. Je m’en débarrassais un peu à contrecoeur et l’idée qu’elle puisse servir à des personnes dans le besoin me mettait du baume au coeur.

J’ai donc fait ce que je voyais les autres faire, je me suis rendue aux Petits Riens pour leur faire don de cette petite armoire. J’y ai été reçue par un homme en colère qui m’a hurlé que lui aussi avait des poubelles et qu’il n’avait pas besoin de la charité de la part de Noir.es.

Après, on me dit que je suis obsédée par la couleur de ma peau et que c’est moi qui aurais un problème avec elle, pas la société. Mais combien de blancs se sont vus refusé l’accès à un bar, à un travail, à un logement ou même à un organisme de charité à cause de la couleur de leur peau?

Publié par Wetsi

Née à Bruxelles de parents alors étudiants zaïrois (congolais), j'obtiens un master en Histoire de l'art et archéologie, civilisations non africaines en 2007. Après deux ans en galerie d'art spécialisée dans la Harlem Renaissance à New York, je fais le choix de revenir en Belgique afin d'agir pour créer plus de visibilité aux artistes noir.es. Aujourd'hui curatrice indépendante, galeriste (Wetsi Art Gallery) et entrepreneuse culturelle j'effectue des recherches sur les stratégies de résistance à déployer pour décoloniser la société.